Chaque année, depuis vingt-cinq ans, l’asbl A.S.E.C. (Animation Service Et Culture), à Saint-Aubin édite son calendrier annuel destiné, essentiellement, à communiquer l’agenda des activités associatives et autres événements locaux, à tous les habitants du village et autres personnes intéressées.

Un thème particulier agrémente chacune de ses éditions.  
Celui de « SAINT-AUBIN 2011 »  est consacré au pèlerinage pédestre effectué du 1er mai au 19 juillet 2010, vers Saint-Jacques-de-Compostelle, par son président. 

Avec l’autorisation de ce dernier, le site « www.saintaubin.be », lui aussi destiné à informer le plus grand nombre, tient à diffuser la partie rédactionnelle du témoignage, ainsi que quelques photos qui l’accompagnent.  


 

EDITORIAL

 

SAINT-AUBIN  -  SAINT-JACQUES DE COMPOSTELLE …
UN CHEMIN PARTAGE.

 

Personne n’ignore que les chemins de Saint-Jacques de Compostelle connaissent actuellement un regain d’intérêt auprès du grand public.  Effet de mode ou recrudescence de  spiritualité et de recherche de nouvelles sensations…à chacun(e) d’en juger. 

En 1994, Michel de Becker, jeune retraité saint-aubinois, avait rallié Santiago par la voie historique de Paris, Tours et la côte atlantique, en France et par le « Camino Francès », en Espagne. Cette année, fort de cet exemple, j’ai eu l’avantage d’accomplir le même pèlerinage, au départ de notre village, via la voie historique de Vézelay. Faire Saint-Jacques, c’est répondre à un appel ! L’idée trotte dans la tête, parfois de longues années durant et puis, le moment arrive où cet appel devient irrésistible. 

La motivation est propre à chaque pèlerin, de même que les moyens pour parvenir à ses fins. Que l’on soit ou non croyant(e), que l’on croit ou non en la présence du tombeau de Saint Jacques en cette ville de Galice, l’essentiel est, pour chacun(e), de parcourir son propre chemin intérieur.  

Que cette motivation soit spirituelle, sportive, culturelle ou autre, que le parcours se fasse  à pied ou à vélo, en une ou plusieurs période(s), en solitaire ou accompagné, la devise de l’Association des Amis de Saint Jacques « A chacun son chemin », reste incontournable. 

Le fait même de se mettre en route est déjà, en soi, un privilège. De plus, marcher pour soi-même, porter ses propres questions, projets et espoirs, ainsi que les intentions qui lui sont confiées, marcher pour sa famille, ses amis, sa communauté de vie, pour celles et ceux qui n’en n’ont pas la possibilité, rencontrer des personnes de tous âges, horizons et cultures…tout cela confère au pèlerin de Saint Jacques le statut d’homme nouveau. 

Personne ne sort indemne de plusieurs semaines ou mois de solitude intérieure et de partages multiples. Très forte est l’image du pèlerin qui arrivé au bout de son chemin, au Cap Finisterre (ou Fisterra)*, brûle ses vieux oripeaux et revêt de nouveaux habits. 

Par mon modeste témoignage sur cette expérience humaine et spirituelle unique, je tiens à encourager celles et ceux qui nourrissent le même rêve d’évasion, à oser franchir le pas du départ. Par ailleurs, je souhaite que le village de Saint-Aubin  puisse se remettre en question et réfléchir, avec ses forces vives,  à son avenir associatif et communautaire.  ULTREÏA ! ** 

°°°°°°°°
Pour l’A.S.E.C.,
René LEBRUN, Président.


 

* A nonante kilomètres  de Santiago, à l’extrême ouest de l’Espagne, la fin de la terre pour les Espagnols, à l’époque où les hommes croyaient que la terre était plate

** Du bas-latin ultra, (plus loin) et  eia (« allons de l’avant »), c’est à la fois un salut et une parole d’encouragement entre les pèlerins de Compostelle

 

Autant le savoir…dans la tradition du pèlerinage,
la légende prend souvent le pas sur l’histoire.
 

En l’an 44 après JC, l’apôtre Jacques le Majeur est décapité, sur ordre du roi Hérode. Deux de ses disciples dérobent le corps et le chargent dans une barque. Mystérieusement celle-ci échoue sur la côte de Galice (N-O de l’Espagne). Le temps passe et la tombe est oubliée. Au bénéfice d’un songe, elle est redécouverte en 813, par un ermite. Très vite, suite à des manifestations miraculeuses, le pèlerinage se développe, des chapelles, abbayes et hospices se construisent le long des chemins empruntés. Les XIV et XVèmes siècles connurent une apogée, avant que les différentes guerres et réformes ne mettent le pèlerinage en veilleuse. Depuis la fin du XXème siècle, la recrudescence de la fréquentation est manifeste. 

La ville de Saint-Jacques de Compostelle n’est pas la seule  à revendiquer la possession du corps de l’apôtre.
Maints corps et ossements  identiques attribués au saint apôtre, existeraient en plusieurs pays. 
En différentes époques et au gré des intérêts politiques,  l’évangélisateur devient « Saint Jacques Matamore », tueurs de maures ou d’Indiens, pour la très catholique Espagne !
Même le  Général Franco (XXème siècle) qui l’aurait vu en songe, s’en sert pour galvaniser son état major et ses troupes !

 

En 1884, le pape  Léon XIII,  (1810-1903, pape de 1878 à 1903), reconnaît officiellement que le corps de Saint Jacques se trouve bien à Compostelle, mettant fin, ainsi, non sans intérêt pour cette ville,  à toutes controverses.  Celles-ci  existent toujours à notre époque mais, le plus important est de constater que chaque année, l’alchimie légende et histoire, permet encore a des milliers de personnes de se mettre en route.

N.B. : Ceci n’est qu’un raccourci,  très bref et lacunaire.
         Pour plus d’informations, se référer à la littérature  spécialisée.

 

Mon chemin, en quelques notes et chiffres…

Distance totale parcourue : environ 2.050 km,  entre le 1er mai et le 18 juillet 2010, soit 79 jours
En Belgique et en France : 1271 km, en 43 jours de marche, soit 29,55km de moyenne journalière
En Espagne : 779 km, en 33 jours, soit 21,64 km de moyenne quotidienne.
Moyenne générale : 27 km, par jour de marche.
La plus longue étape : 39 km.
La plus courte : 4km .
Jours de repos : 3, en France.
Nuitées : chez des particuliers, 9; en chambres d’hôtes ou pension, 8 ; en salles diverses, 12 et en refuges, 50

Itinéraire : Saint-Aubin    –    Reims    –    Vézelay     –     Nevers     -  Saint-Léonard-de-Noblat   –
                   Saint-Aubin de Cadelech   –    Roquefort   –   Saint-Jean-Pied-de-Port   –   Roncevaux –  Burgos   –   Leon –                    Santiago-de-Compostella

Voyage de retour en autocar "Eurolines" : 28 heures
Perte de poids : 5 kilos
Budget moyen de fonctionnement (hébergement, nourriture, soins divers): 20 à 25 €, par jour

 

Pourquoi se lancer sur les Chemins de Saint Jacques ?

 

La présente motivation n’engage que votre serviteur.

A chaque pèlerin(e) la sienne, bien entendu !

Pour moi, c’est un vieux rêve  entretenu, sans doute, par l’exemple de Michel de Becker, 1er pèlerin Saint-Aubinois de Saint Jacques, en 1994. Ce rêve devient un appel irrésistible, un an avant mon départ.

L’accession à la retraite est un moment  idéal  pour mettre sa vie à plat, en dresser le bilan  et tisser des projets d’avenir. Idéal aussi pour se lancer de nouveaux défis et  se prouver qu’on n’est pas fini !

 

La démarche spirituelle qui est mienne n’est pas propre aux croyants et elle peut se décliner de diverses façons pour tous(tes): parcourir son propre chemin intérieur, porter les intentions confiées par les proches, marcher en pénitence, en reconnaissance ou pour celles et ceux qui ne le peuvent  pas et surtout…réfléchir  à l’essentiel de la vie.

Quant à moi, les aspects sportif et touristique du périple demeurent tout-à-fait secondaires. Pour d’autres, cela peut faire partie des objectifs principaux.

 


 

L’homme propose et Saint Jacques dispose … 

Chaque pèlerin(e) imagine et façonne son projet à sa manière.
En partant, certain(e)s ont une idée bien précise de leur périple, d’autres ne veulent pas tout prévoir à l’avance. Je suis de ceux-ci !

Pour ma part, cinq règles de base essentielles :  
1.          Marcher seul
2.       En France, parcourir des chemins de villages, plus sécurisants que des voies forestières ou de campagne de la voie historique, en cas de soucis de santé.
3.        En Espagne, emprunter le Camino del Norte, voie maritime moins fréquentée (mais plus physique, plus longue et…plus belle) que le  Camino Françès, voie historique la plus courue.
4.         Fêter Saint Jacques, le 25 juillet, à Santiago.
5.         En tout, confier mon sort à Saint Jacques et à la Providence.

En fait, sans que je n’aie à le regretter, celle-ci a disposé  de moi, à trois reprises, au moins !

Ainsi, excepté le 1er jour, je marche accompagné tout au long de mon chemin : cinq jours avec une  pèlerine hollandaise, Annemiek  et septante-deux  jours, avec un compatriote jodoignois, Leslie, avec lequel je rejoins Saint-Jacques.
De plus, au lieu des embruns du Golf de Gascogne, c’est le Camino Francès, le plus initiatique de tous, qui m’aspire.
Enfin, mon retour est avancé au 19 juillet, pour raison familiale.

Convaincu que sur le chemin de Saint-Jacques, il n’y a jamais de hasard, j’assume comme autant de gestes du destin, les changements de caps, tous les soutiens reçus, les moments de  bonheur et les soucis partagés, parfois de façon inattendue.

 


 

Quelques rencontres qui donnent vie au chemin…

Tantôt furtive, tantôt plus durable, chaque rencontre empreinte d’attention mutuelle reste gravée dans le cœur des pèlerin(e)s. Quelques figures m’ont principalement marqué !

Annemiek, hollandaise profondément attachante, toute frêle mais excellente marcheuse

Leslie, sémillant sexagénaire de Jodoigne, parti le 1er mai de Namur. Fin cuisinier. Opiniâtre lutteur contre les blessures qui n’ont cessé de l’assaillir. Toujours empressé de soulager celles des autres

 

Bernard, venant de Poitiers, en quête de rencontres pèlerines. De bonne culture historique. Quelques jours de chemin en commun, dans le sud-ouest
Louis, Louisette, Emeri et Jeannine, deux couples réunionnais très sympathiques, partis de Vézelay. On s’est croisé et assisté durant tout le Camino Francès.

Stéphanie, jeune trentenaire de Divion (Pas-de-Calais), attachante de sensibilité et de douceur. Un vent  de fraîcheur parmi  les moins jeunes !
Elmar,  quinquagénaire de la région de Munich. Plus de vingt journées de marche avec lui, après Pampelune

Richard, sexagénaire québécois, à l’accent impossible, venu sur le Camino Francès  pour témoigner de sa foi solide et remercier de ses guérisons
 

Jean-Pierre, quinquagénaire retraité instituteur spécialisé, de la région de Pau (Pyrénées-Atlantiques). Baroudeur au grand cœur. Poète, il  écrivait son quatrain jacquaire et alimentait son site web quotidiennement

César, quadragénaire andalou, fort ouvert aux  autres, au verbe et aux gestes très méditerranéens. Ne s’exprimait qu’en espagnol  

 

Michel Drigalski, sexagénaire marathonien, pèlerin récidiviste, parti de Charleroi. Rencontré fortuitement à Mansilla de Las Mulas au cours de son périple de 6250 km, via Santiago et Rome, au profit du don d’organes



 

Des rencontres… aussi parmi les habitants et hospitaliers rencontrés, par exemple :

 

   

En Ardenne, déjà, à Justine-Herbigny et à L’Ecaille.

 Marie-Laure et Joachim, deux jeunes maires et leurs familles ouvrent leurs portes et leurs chambres

Dans l’Aube,  à Corroy,

 Marie-Noëlle et Michel Misset, en plus de l’eau fraîche sollicitée, offrent un repas de midi complet
Dans la Nièvre, près de Monceaux-le-Comte,

Jean Coulon invite à visiter sa cave de paysan et à goûter généreusement son vin et son ratafia.
Mais aussi…dans le Cher, le long de l’ancien canal du Berry, à Neuilly-en-Dun,

 rencontre fortuite avec Christophe Michaux, 35 ans,  dont la maman Ginette Gobeaux, est native, comme moi,  de…Florennes.

  A Ostabat, au Pays Basque,

 furtive rencontre avec Mme Rousseau…d’Hanzinne, professeur à l’institut St-Joseph de Florennes.

A Rabanal del Camino (Province de Leon),

au refuge anglais Gaucelmo, deux couples américano-britanniques offrent le thé et du gâteau, chaque jour, aux pèlerins. A d’autres endroits, comme à Saint-Jean-Pied-de-Port, des hospitaliers bénévoles  offrent leur temps pour le bon accueil de ceux-ci. 

 




 

Saint-Aubin de Cadelech…berceau des rassemblements annuels des Saint-Aubin d’Europe

Au cœur du Périgord, accueil on ne peut plus amical et chaleureux !  Mon « Km 1000 » est fêté dignement par Pascal Marty, son épouse Badette et toute leur équipe : accueil en mairie, discours, vin d’honneur et cadeaux…rien ne manque. Germaine Comte offre le gîte et le couvert, 48 h. durant.
La veille, à  Saint-Aubin de Lanquais, Moïse Labonne, Maire ff et viticulteur avait ouvert son cœur et ses  vignes, tandis que Monique ouvrait sa maison, pour le gîte.
L’occasion est, ici, donnée, de rappeler que voici juste dix ans – c’était en août 2001 – notre village organisait le XIIème Rassemblement des Saint-Aubin d’Europe


 

 

Mes meilleurs souvenirs…les plus marquants !
 D’ordre touristique, humain, et spirituel, ils sont nombreux et c’est difficile d’en épingler quelques uns, seulement.

La Cathédrale de Burgos, une des plus belles au monde, est, sans hésitation, mon souvenir touristique,  culturel et religieux le plus marquant. A voir une fois dans sa vie !

La chaleur de l’accueil des habitants et mairies en France rurale reste, humainement, la plus touchante. De même, l’engagement de nombreux hospitaliers bénévoles, associations jacquaires locales et communautés religieuses pour recevoir chaleureusement les pèlerins et perpétuer le véritable esprit du chemin de Saint Jacques.

L’entrée à Santiago, la découverte de la cathédrale et la messe des pèlerins procurent des  sensations intenses, en apothéose à deux mois et demi de pèlerinage !
Autre sentiment de plénitude : à Nevers (Nièvre) j’ai dormi à quelques dizaines de mètres de Sainte Bernadette Soubiroux, proximité qui diffuse un magnétisme très particulier, éprouvé avec bonheur.  


 

Aussi,  quelques souvenirs moins agréables …

Aucun mauvais souvenir vraiment navrant à signaler.  Simplement quelques épisodes à oublier !

Par exemple :
-      Manque d’équipement de cuisine en de nombreux refuges espagnols
-          Avoir été proprement éconduit, de surcroît,  par une collègue Secrétaire de Mairie

-         
  
En Espagne,
quelques étapes longeant des chaussées à grand trafic

 

Dormir par terre une dizaine de fois, en France,
avant d’utiliser les refuges        

Mon impuissance à soulager les blessures
de très nombreux(ses)  pèlerin(e)s

 

 

Quelques moments singuliers

Sur le chemin,  nombreuses sont les occasions de vivre des situations quelque peu ou franchement singulières : rencontres, endroits traversés, événements locaux…

Quelques illustrations en témoignent, ci-contre :

Jeune cycliste japonais, sur une piste ravinée, au sommet des Pyrénées

 Fuente d’Irache , habituellement généreuse fontaine d’une coopérative vinicole, à sec

  Pèlerine espagnole et son chien, avant Los Arcos

Coq pondeur, sur le monument du village d’Hornillos del Camino




 

Le but du pèlerinage a-t-il été atteint ?

Question souvent posée : as-tu trouvé, à Saint-Jacques de Compostelle,  ce que tu cherchais ?

Partir de chez soi est déjà une victoire, sur soi-même et sur son quotidien de vie. Y revenir, sinon meilleur, du moins (un peu)  transformé, en est une autre. En cela, mon but est atteint !

 

Quant à moi, pas d’extase devant le présumé tombeau de Saint Jacques mais une émotion non contenue en y déposant toutes les intentions portées septante-neuf jours durant. Chaque pas aura été une prière, chaque minute, un partage intérieur avec les autres, pèlerins ou marcheurs.

 

Faire Saint-Jacques, c’est aussi se détacher de la vie du monde et errer, sans abris fixes. Ici aussi, le but est atteint !

Mais en tout cela, rien n’est parfait et sans doute, ai-je à regretter mes insuffisances de foi en moi-même, de dialogue ou d’attention, ainsi que mes distractions. Savoir se donner du bon temps est important, aussi !

 

Et me revoilà dans la réalité de la  vie, au jour le jour… ! Pour moi, Saint-Jacques n’était pas un but mais une étape !
Le plus beau de mon pèlerinage reste à venir et à construire

c’est l’objectif que je souhaite poursuivre    



 


 Le chemin de Saint-Jacques de Compostelle fait-il encore rêver ?
 
Certainement OUI ! Mais il ne faut pas l’idéaliser, sinon on risque d’être déçu.
 


Le rêve le plus répandu, c’est de se dépasser, physiquement, mentalement et (ou) spirituellement.

Le chemin de Saint-Jacques est comme une auberge espagnole… il faut s’y donner avant de prétendre recevoir. 

Les rencontres n’y tombent pas du ciel ! A chacun(e) de les capter, de les susciter mais aussi…de savoir les abréger.

 

Ne pas confondre foi chrétienne et superstition, effet de mode et appel personnel !

Bien sûr, l’aspect commercial du chemin existe…mais (heureusement) des gens en (re)vivent.

Que l’on soit  croyant ou non,  peu importe le contexte matériel, l’authenticité de la démarche se situe, d’abord, au fond de soi-même!

 

« Et si j’avais faim de choses inconnues »…cela suffit à faire rêver !

La devise de l’Association belge des Amis de Saint Jacques, déjà citée,… « A chacun son chemin », portera encore des milliers de pèlerins, jeunes et moins jeunes.

 

ULTREÏA .

René LEBRUN