|
Chaque année, depuis vingt-cinq ans, l’asbl A.S.E.C. (Animation Service Et Culture), à Saint-Aubin édite son calendrier annuel destiné, essentiellement, à communiquer l’agenda des activités associatives et autres événements locaux, à tous les habitants du village et autres personnes intéressées.
Un thème particulier agrémente chacune de
ses éditions. |
|
EDITORIAL
SAINT-AUBIN - SAINT-JACQUES DE
COMPOSTELLE …
Personne n’ignore que les chemins de Saint-Jacques de Compostelle connaissent actuellement un regain d’intérêt auprès du grand public. Effet de mode ou recrudescence de spiritualité et de recherche de nouvelles sensations…à chacun(e) d’en juger. |
|
![]() |
En 1994, Michel de Becker, jeune retraité saint-aubinois, avait rallié Santiago par la voie historique de Paris, Tours et la côte atlantique, en France et par le « Camino Francès », en Espagne. Cette année, fort de cet exemple, j’ai eu l’avantage d’accomplir le même pèlerinage, au départ de notre village, via la voie historique de Vézelay. Faire Saint-Jacques, c’est répondre à un appel ! L’idée trotte dans la tête, parfois de longues années durant et puis, le moment arrive où cet appel devient irrésistible. La motivation est propre à chaque pèlerin, de même que les moyens pour parvenir à ses fins. Que l’on soit ou non croyant(e), que l’on croit ou non en la présence du tombeau de Saint Jacques en cette ville de Galice, l’essentiel est, pour chacun(e), de parcourir son propre chemin intérieur. Que cette motivation soit spirituelle, sportive, culturelle ou autre, que le parcours se fasse à pied ou à vélo, en une ou plusieurs période(s), en solitaire ou accompagné, la devise de l’Association des Amis de Saint Jacques « A chacun son chemin », reste incontournable. |
|
Le fait même de se mettre en route est déjà, en soi, un privilège. De plus, marcher pour soi-même, porter ses propres questions, projets et espoirs, ainsi que les intentions qui lui sont confiées, marcher pour sa famille, ses amis, sa communauté de vie, pour celles et ceux qui n’en n’ont pas la possibilité, rencontrer des personnes de tous âges, horizons et cultures…tout cela confère au pèlerin de Saint Jacques le statut d’homme nouveau. Personne ne sort indemne de plusieurs semaines ou mois de solitude intérieure et de partages multiples. Très forte est l’image du pèlerin qui arrivé au bout de son chemin, au Cap Finisterre (ou Fisterra)*, brûle ses vieux oripeaux et revêt de nouveaux habits. Par mon modeste témoignage sur cette expérience humaine et spirituelle unique, je tiens à encourager celles et ceux qui nourrissent le même rêve d’évasion, à oser franchir le pas du départ. Par ailleurs, je souhaite que le village de Saint-Aubin puisse se remettre en question et réfléchir, avec ses forces vives, à son avenir associatif et communautaire. ULTREÏA ! **
°°°°°°°° * A nonante kilomètres de Santiago, à l’extrême ouest de l’Espagne, la fin de la terre pour les Espagnols, à l’époque où les hommes croyaient que la terre était plate ** Du bas-latin ultra, (plus loin) et eia (« allons de l’avant »), c’est à la fois un salut et une parole d’encouragement entre les pèlerins de Compostelle |
|
|
Autant le savoir…dans la tradition du
pèlerinage, En l’an 44 après JC, l’apôtre Jacques le Majeur est décapité, sur ordre du roi Hérode. Deux de ses disciples dérobent le corps et le chargent dans une barque. Mystérieusement celle-ci échoue sur la côte de Galice (N-O de l’Espagne). Le temps passe et la tombe est oubliée. Au bénéfice d’un songe, elle est redécouverte en 813, par un ermite. Très vite, suite à des manifestations miraculeuses, le pèlerinage se développe, des chapelles, abbayes et hospices se construisent le long des chemins empruntés. Les XIV et XVèmes siècles connurent une apogée, avant que les différentes guerres et réformes ne mettent le pèlerinage en veilleuse. Depuis la fin du XXème siècle, la recrudescence de la fréquentation est manifeste. |
![]() |
|
![]() |
La ville de Saint-Jacques
de Compostelle n’est pas la seule à revendiquer la possession du corps de
l’apôtre.
|
|
|
En 1884, le pape Léon XIII, (1810-1903, pape de 1878 à 1903), reconnaît officiellement que le corps de Saint Jacques se trouve bien à Compostelle, mettant fin, ainsi, non sans intérêt pour cette ville, à toutes controverses. Celles-ci existent toujours à notre époque mais, le plus important est de constater que chaque année, l’alchimie légende et histoire, permet encore a des milliers de personnes de se mettre en route. N.B. : Ceci n’est qu’un
raccourci, très bref et lacunaire. |
|
|
|
|
Mon chemin, en quelques notes et chiffres… Distance totale parcourue : environ 2.050 km, entre le 1er mai et le 18 juillet 2010, soit 79 jours En Belgique et en France : 1271 km, en 43 jours de marche, soit 29,55km de moyenne journalière En Espagne : 779 km, en 33 jours, soit 21,64 km de moyenne quotidienne. Moyenne générale : 27 km, par jour de marche. La plus longue étape : 39 km. La plus courte : 4km . Jours de repos : 3, en France. Nuitées : chez des particuliers, 9; en chambres d’hôtes ou pension, 8 ; en salles diverses, 12 et en refuges, 50 |
|
Itinéraire : Saint-Aubin –
Reims – Vézelay – Nevers
- Saint-Léonard-de-Noblat – |
|
![]() |
|
|
Voyage de retour en
autocar "Eurolines" : 28 heures |
|
|
Pourquoi se lancer sur les Chemins de Saint Jacques ?
La présente motivation
n’engage que votre serviteur. Pour moi, c’est un vieux
rêve entretenu, sans doute, par l’exemple de Michel de Becker, 1er
pèlerin Saint-Aubinois de Saint Jacques, en 1994. Ce rêve devient un appel
irrésistible, un an avant mon départ.
|
|
|
|
|
La démarche spirituelle qui est mienne n’est pas propre aux croyants et elle peut se décliner de diverses façons pour tous(tes): parcourir son propre chemin intérieur, porter les intentions confiées par les proches, marcher en pénitence, en reconnaissance ou pour celles et ceux qui ne le peuvent pas et surtout…réfléchir à l’essentiel de la vie. Quant à moi, les aspects sportif et touristique du périple demeurent tout-à-fait secondaires. Pour d’autres, cela peut faire partie des objectifs principaux.
|
|
|
L’homme propose et Saint Jacques dispose … Chaque pèlerin(e) imagine
et façonne son projet à sa manière. Pour ma part, cinq règles
de base essentielles : En fait, sans que je n’aie à le regretter, celle-ci a disposé de moi, à trois reprises, au moins ! |
![]() |
|
![]() |
Ainsi, excepté le 1er
jour, je marche accompagné tout au long de mon chemin : cinq jours avec
une pèlerine hollandaise, Annemiek et septante-deux jours, avec un
compatriote jodoignois, Leslie, avec lequel je rejoins Saint-Jacques. Convaincu que sur le chemin de Saint-Jacques, il n’y a jamais de hasard, j’assume comme autant de gestes du destin, les changements de caps, tous les soutiens reçus, les moments de bonheur et les soucis partagés, parfois de façon inattendue.
|
|
|
Quelques rencontres qui donnent vie au chemin… Tantôt furtive, tantôt plus durable, chaque rencontre empreinte d’attention mutuelle reste gravée dans le cœur des pèlerin(e)s. Quelques figures m’ont principalement marqué ! |
||
![]() |
Annemiek, hollandaise profondément attachante, toute frêle mais excellente marcheuse | |
|
Leslie, sémillant sexagénaire de Jodoigne, parti le 1er mai de Namur. Fin cuisinier. Opiniâtre lutteur contre les blessures qui n’ont cessé de l’assaillir. Toujours empressé de soulager celles des autres
|
|
|
|
|
Bernard, venant de Poitiers, en quête de rencontres pèlerines. De bonne culture historique. Quelques jours de chemin en commun, dans le sud-ouest | |
| Louis, Louisette, Emeri et Jeannine, deux couples réunionnais très sympathiques, partis de Vézelay. On s’est croisé et assisté durant tout le Camino Francès. |
![]() |
|
|
|
Stéphanie, jeune trentenaire de Divion (Pas-de-Calais), attachante de sensibilité et de douceur. Un vent de fraîcheur parmi les moins jeunes ! | |
| Elmar, quinquagénaire de la région de Munich. Plus de vingt journées de marche avec lui, après Pampelune |
|
|
![]() |
Richard,
sexagénaire québécois, à l’accent impossible, venu sur le Camino
Francès pour témoigner de sa foi solide et remercier de ses guérisons Jean-Pierre, quinquagénaire retraité instituteur spécialisé, de la région de Pau (Pyrénées-Atlantiques). Baroudeur au grand cœur. Poète, il écrivait son quatrain jacquaire et alimentait son site web quotidiennement |
|
|
César, quadragénaire andalou, fort ouvert aux autres, au verbe et aux gestes très méditerranéens. Ne s’exprimait qu’en espagnol
|
|
|
|
|
Michel Drigalski, sexagénaire marathonien, pèlerin récidiviste, parti de Charleroi. Rencontré fortuitement à Mansilla de Las Mulas au cours de son périple de 6250 km, via Santiago et Rome, au profit du don d’organes | |
|
Des rencontres… aussi parmi les habitants et hospitaliers rencontrés, par exemple :
|
|||
|
|
En Ardenne, déjà, à Justine-Herbigny et à
L’Ecaille. |
||
| Dans l’Aube, à
Corroy, Marie-Noëlle et Michel Misset, en plus de l’eau fraîche sollicitée, offrent un repas de midi complet |
![]() |
||
![]() |
Dans la Nièvre,
près de Monceaux-le-Comte, Jean Coulon invite à visiter sa cave de paysan et à goûter généreusement son vin et son ratafia. |
||
| Mais aussi…dans le
Cher, le long de l’ancien canal du Berry, à Neuilly-en-Dun, rencontre fortuite avec Christophe Michaux, 35 ans, dont la maman Ginette Gobeaux, est native, comme moi, de…Florennes. |
|
||
| A Ostabat, au Pays
Basque, furtive rencontre avec Mme Rousseau…d’Hanzinne, professeur à l’institut St-Joseph de Florennes. |
|||
|
A Rabanal del Camino
(Province de Leon),
|
![]() |
||
|
Saint-Aubin de Cadelech…berceau des rassemblements annuels des Saint-Aubin d’Europe |
||
| Au cœur du Périgord, accueil on ne peut plus amical et chaleureux ! Mon « Km 1000 » est fêté dignement par Pascal Marty, son épouse Badette et toute leur équipe : accueil en mairie, discours, vin d’honneur et cadeaux…rien ne manque. Germaine Comte offre le gîte et le couvert, 48 h. durant. |
![]() |
|
![]() |
La veille, à Saint-Aubin de Lanquais, Moïse Labonne, Maire ff et viticulteur avait ouvert son cœur et ses vignes, tandis que Monique ouvrait sa maison, pour le gîte. | |
| L’occasion est, ici, donnée, de rappeler que voici juste dix ans – c’était en août 2001 – notre village organisait le XIIème Rassemblement des Saint-Aubin d’Europe |
![]() |
|
|
Mes meilleurs
souvenirs…les plus marquants ! |
|||
|
|
La Cathédrale de Burgos, une des plus belles au monde, est, sans hésitation, mon souvenir touristique, culturel et religieux le plus marquant. A voir une fois dans sa vie ! |
||
| La chaleur de l’accueil des habitants et mairies en France rurale reste, humainement, la plus touchante. De même, l’engagement de nombreux hospitaliers bénévoles, associations jacquaires locales et communautés religieuses pour recevoir chaleureusement les pèlerins et perpétuer le véritable esprit du chemin de Saint Jacques. |
|
||
![]() |
L’entrée à Santiago, la découverte de la cathédrale et la messe des pèlerins procurent des sensations intenses, en apothéose à deux mois et demi de pèlerinage ! | ||
| Autre sentiment de plénitude : à Nevers (Nièvre) j’ai dormi à quelques dizaines de mètres de Sainte Bernadette Soubiroux, proximité qui diffuse un magnétisme très particulier, éprouvé avec bonheur. |
![]() |
||
|
Aussi, quelques souvenirs moins agréables … Aucun mauvais souvenir vraiment navrant à signaler. Simplement quelques épisodes à oublier ! Par exemple : |
|||
![]() |
-
|
||
|
Dormir par terre une dizaine de fois, en France, |
![]() |
||
![]() |
Mon
impuissance à soulager les blessures |
||
|
Quelques moments singuliers Sur le chemin, nombreuses sont les occasions de vivre des situations quelque peu ou franchement singulières : rencontres, endroits traversés, événements locaux… Quelques illustrations en témoignent, ci-contre : |
||
![]() |
Jeune cycliste japonais, sur une piste ravinée, au sommet des Pyrénées |
|
|
Fuente d’Irache , habituellement généreuse fontaine d’une coopérative vinicole, à sec |
![]() |
|
![]() |
Pèlerine espagnole et son chien, avant Los Arcos |
|
|
Coq pondeur, sur le monument du village d’Hornillos del Camino |
|
|
|
Le but du pèlerinage a-t-il été atteint ? Question souvent posée : as-tu trouvé, à Saint-Jacques de Compostelle, ce que tu cherchais ? Partir de chez soi est déjà une victoire, sur soi-même et sur son quotidien de vie. Y revenir, sinon meilleur, du moins (un peu) transformé, en est une autre. En cela, mon but est atteint !
|
|||
|
|
Quant à moi, pas d’extase devant le présumé tombeau de Saint Jacques mais une émotion non contenue en y déposant toutes les intentions portées septante-neuf jours durant. Chaque pas aura été une prière, chaque minute, un partage intérieur avec les autres, pèlerins ou marcheurs.
|
||
| Faire Saint-Jacques, c’est aussi se détacher de la vie du monde et errer, sans abris fixes. Ici aussi, le but est atteint ! |
![]() |
||
![]() |
Mais en tout cela, rien n’est parfait et sans doute, ai-je à regretter mes insuffisances de foi en moi-même, de dialogue ou d’attention, ainsi que mes distractions. Savoir se donner du bon temps est important, aussi !
|
||
| Et me revoilà dans la
réalité de la vie, au jour le jour… ! Pour moi, Saint-Jacques
n’était pas un but mais une étape ! Le plus beau de mon pèlerinage reste à venir et à construire… c’est l’objectif que je souhaite poursuivre |
![]() |
||
|
|
||
![]() |
|
|
|
Ne pas confondre foi chrétienne et superstition, effet de mode et appel personnel ! Bien sûr, l’aspect commercial du chemin existe…mais (heureusement) des gens en (re)vivent. Que l’on soit croyant ou non, peu importe le contexte matériel, l’authenticité de la démarche se situe, d’abord, au fond de soi-même!
|
![]() |
|
![]() |
« Et si j’avais faim de
choses inconnues »…cela suffit à faire rêver ! La devise de l’Association belge des Amis de Saint Jacques, déjà citée,… « A chacun son chemin », portera encore des milliers de pèlerins, jeunes et moins jeunes.
|
|
|
ULTREÏA . |
|
René LEBRUN |