Visite d'un Canadien à Saint Aubin


 

 


Lorsque j'ai créé ce site, je ne m'attendais pas à recevoir un jour un courriel d'une personne habitant au Canada.

Expatrié, natif de la région de Durbuy, Mr Vervaet, âgé de 82ans, m'a interpellé, alors qu'il préparait un voyage dans notre région et quel voyage.

Mr Vervaet était présent à Saint Aubin, lors des terribles événements de Mai 1940, Il en a gardé un souvenir impérissable et une précision des détails.

L'internet, s'il est bien utilisé est un outil formidable, en effet suite à nos contacts, Mr Vervaet nous à donné rendez vous, ce 14 Septembre, à Saint Aubin.

Il désirait refaire la route de son exode, au départ de sa ferme, direction la France en passant par notre village.

J'ai donc contacté Mr René Lebrun (associations patriotiques), afin de recevoir dignement notre visiteur.

Nous avons rencontré une personne dynamique, débordant d'enthousiasme à notre égard, malgré les terribles souvenirs remis en lumière, surtout, après avoir retrouvé la ferme ou il avait dormi dans la paille,  ( ferme "Tinton" A Hemptinnes).

 

Premier courriel reçus le 31 Juillet 2009

Je vis au Canada depuis 59 ans. J’ai consulté votre site parce que serai en Belgique en septembre et j’ai l’intention de refaire la route de l’évacuation que je j’ai connue en 1940 alors que j’avais 13 ans (82 maintenant).

C’est à Saint-Aubin que j’ai connu les pires moments de cette évacuation. J’étais en vélo avec ma sœur et une cousine.

À l’arrivée d’avions allemands je me suis réfugié dans une ferme. Une bombe est tombée sur la ferme et a causé un incendie. Je suis sorti indemne mais il y avait plusieurs morts.

 Ma sœur et ma cousine n’ont pas eu le temps d’entrer et nous n’avons eu des nouvelles d’elles que 6 semaines plus tard alors qu’elles sont rentrées de France ayant accompagné leur tante rencontrée à Saint-Aubin.

De mon côté j’ai retrouvé à Saint-Aubin, mes parents que j’avais perdus de vue. C’est avec eux que j’ai poursuivi le voyage en France passant la frontière à Sivry

Je ne pourrai sans doute pas retracer cette ferme à moins que peut-être vous puissiez me fournir quelques indications J’ai trouvé votre site particulièrement intéressant.

 Gilbert Vervaet  

Deuxième courriel reçus le 2 Aout 2009

Bonjour Monsieur Romain,

Merci de communiquer avec moi de nouveau, Je devrais être de passage à Saint-Aubin entre le 13 et le 17 septembre. 

Je  me rappelle très peu des endroits traversés à Saint-Aubin en mai 40. C'était un «sauve qui  peut», la confusion totale et on se perdait.

Je crois me rappeler cependant que la ferme où j'ai subi le bombardement était isolée du village et qu'il y avait une légère côte pour y arriver.

À gauche de l'entrée de ferme, il y avait un bois où me suis réfugié à la sortie de la ferme bombardée et incendiée. Le bombardement s'est poursuivi dans le bois.

Un prêtre donnait l'absolution générale. C'est dans une prairie voisine de la ferme que j'ai abandonné mon vélo pour rejoindre l'auto de mes parents déjà surchargée et continuer la fuite vers la France.

Nous étions donc partis d'Ocquier, les plus âgés de la famille en auto, ma plus jeune soeur et moi ainsi que d'autres jeunes en vélo, le reste du hameau sur nos chariots traînés par nos chevaux. Nous allions tous à la vitesse des chevaux et le soir nous nous retrouvions mais souvent nous nous perdions.

Nous avons passé la première nuit à Hamois, la deuxième à Furnaux après avoir passé le pont d'Yvoir peu avant qu'il ne saute. Un de mes oncles a d'ailleurs passé le pont alors que sa femme est restée de l'autre côté. Après Furnaux je me rappelle de Florennes  avant de subir le premier et le pire bombardement à Saint-Aubin.

Le chauffeur qui précédait l'auto de mes parents était mort d'une balle dans la gorge. Ma soeur qui conduisait l'auto de mes parents a du déplacer le corps et mettre l'auto sur le côté pour laisser le passage aux réfugiés.

Des seaux suspendus sous nos chariots pour nourrir les chevaux, étaient criblés de balle. Deux dames de mes connaissances étaient blessées.

C'est aussi à Saint-Aubin que nous n'avons perdu ma soeur âgée de 16 ans mais nous avons su  seulement six semaines plus tard, à son retour, quelle avait été épargnée par le bombardement, qu'une tante l'avait vue sur le chemin et emmenée avec elle jusqu'à La Rochelle alors que nous, nous avons été hébergés près de Vichy.

Après l'enfer de Saint-Aubin, mes parents ont décidé d'abandonner chariots, chevaux et  gens du village pour fuir au plus vite vers la France. Nous avons encore du nous réfugier dans une ferme à Silenrieux alors que les avions mitraillaient les convois puis nous avons passé notre dernière nuit en Belgique dans un bois à Sivry. 

À l'offensive des Ardennes en 1944, je venais d'avoir 18 ans et je me suis engagé à titre de volontaire de guerre. J'ai suivi mon entraînement en Irlande du Nord avant de participer à l'occupation de l'Allemagne. 

Marié en Belgique en 1949, je suis parti au Canada avec ma femme (qui était aussi à Saint-Aubin dans le bombardement) et un fils de 9 mois. Je suis arrivé au Québec dans la région de Montréal.

Ma soeur (qui conduisait l'auto à l'évacuation) était déjà établie sur une ferme. Un autre enfant (une fille) est né au Québec. Ma femme est décédée en 2000. J'ai 5 petits-enfants et une arrière petite-fille de 4 ans.

Comme pour plusieurs immigrants, les premières années au Québec n'ont pas été faciles. Il fallait s'adapter et se faire connaître. J'ai accepté quelques emplois peu rémunérateurs.

Après m'être retrouvé dan un petit bureau, j'ai repris des études. Je suis devenu expert-comptable. J'ai alors  occupé plusieurs emplois intéressants dans le commerce et l'industrie tout en étant chargé de cours (le soir) dans deux universités de Montréal.  

En 1971, j'ai abandonné la pratique comptable et suis devenu professeur à plein temps (collège et universités). Je dispense encore actuellement, pour une organisation privée, des cours préparatoires aux examens nationaux du Canada dont je suis également responsable de la correction.  

Vous pourriez trouver sur le site  http://www.cpe.qc.ca quelques-unes de mes activité professionnelles en cliquant sur CV des professeurs.

Ci-joint ma plus récente photo et une avec mon fils (barbu) et trois de mes petits enfants, tous des Vervaet.

J'espère ne pas vous avoir encombré de trop de détails.

Bonne fin de journée. 

Gilbert Vervaet

 

Réponse de René Lebrun à Mr Vervaet

Cher Monsieur Vervaet,

J'ai bien reçu votre message. Je suis ravi de votre souhait de retour à Saint-Aubin et je vous remercie de votre confiance.

En fait, j'ai été mis au courant de votre projet de visite à Saint-Aubin par M. Jean-Luc Romain, responsable du site "Saint-Aubin". Immédiatement nous nous sommes concertés sur les possibilités d'accueil lors de votre visite et il a du  vous demander quelques précisions, à ce sujet.  

Le livre "Tragique mai 40 à Saint-Aubin" reste disponible en quelques exemplaires, seulement. C'est avec plaisir que j'aurai le plaisir de vous l'offrir lors de votre visite. Je ne manquerai pas d'associer à celle-ci, M. Roland Charlier, auteur du chapitre historique du livre.

M. Romain vous a sans doute signalé que depuis le 13 mai 1990, Saint-Aubin commémore tous les cinq ans le tragique événement que vous avez vécu, ainsi que deux autres des 14 et 15 mai 1940: la mort en combat aérien du Lt Avi français Paul Costey et du soldat algérien Hamou Beckouche, tous deux inhumés dans le cimetière du village. - A chaque occasion, le maximum a été fait pour que cette commémoration soit à la hauteur des sentiments profonds que ces tragédies suscitent. Chaque fois, des rescapés de la route d'Hemptinne ou des membres des familles de victimes s'y sont associés.

La prochaine commémoration quinquennale est d'ores et déjà prévue le 25 avril 2010.

A défaut de pouvoir vous y recevoir (sauf improbable changement de date de votre voyage en Europe), ce sera un honneur pour moi ainsi que pour quelques collaborateurs, de vous recevoir le mois prochain.

Je reste à votre disposition, via M. Romain ou en direct, et j'attends le plaisir de recevoir de vos nouvelles.

Avec mes meilleures salutations.  

René Lebrun